mardi 9 août 2011

Recette de Madagascar

Comment expliquer Madagascar? C'est un mélange, un mix, qui donne à l'île ce parfum unique. Des influences africaines, françaises, malaisiennes, 18 ethnies, chacune avec ses spécificités. On secoue bien le tout, et voilà Madagascar... Le plus simple, c'est peut-être de vous présenter un à un, les ingrédients.

Prenez une bonne dose de taxis-brousse, minivans surchargés qui sillonnent les routes pavées ou non. Choisissez de préférence ceux de la RN7, si vous ne voulez pas être trop secoués. Un premier pour descendre de Tana à Antsirabe les fesses bien calées dans le trou entre la banquette et le strapontin. Un second entre Antsirabe et Fianarantsoa, pour goûter à l'attente en gare... un autre avec moteur bien brûlant, juste sous notre siège, et qui balance un peu faute d'amortisseur. Puis un autre...puis un autre....

Délayez avec d'autres types de transport. Vélo autour des lacs d'Antsirabe, et ses milliers de « vas-y Vazaha! » (Vazaha étant le terme utilisé pour désigner un étranger non Africain – oui, ça marche aussi pour les Japonais!). Train de Fiana à la côte est, Manakara : autant de temps sur rail qu'à l'arrêt dans les gares, mais que de fêtes, marchands, badauds dans chacune des 17 gares! Pirogue sur le canal des Pangalanes, au rythme des pêcheurs locaux. Voiture de location, avec chauffeur, lorsqu'au détour d'un déjeuner, on trouve de bonnes âmes pour nous accueillir!

Ajoutez quelques animaux étranges. Le zébu et sa bosse, tirant les charrues ou dans l'assiette, est toujours d'excellente compagnie. Exception faite pour les automobilistes qui les croisent sur leur route, et en perdent leurs rétroviseurs... Le lémurien, lui, peut manger fruits et bambous, tranquille. Emblème de Madagascar, et protégé, il peuple la forêt tropicale de Ranomafana, et se balance allègrement d'une branche à l'autre, à 30 mètres du sol! Parfois, il descend, alors clic-clac, c'est dans la boîte, comme dans le parc de l'Isalo. Enfin, la baleine elle aussi à bosse qui vient dans le canal du Mozambique se reproduire durant l'hiver austral.

Saupoudrez avec la gentillesse des habitants, mais aussi la pauvreté de la population malgache, et une difficulté à trouver un équilibre politique. Un pays où les 2/3 de la population vit avec moins de 1 euro par jour, où les enfants sont 70 par classe dans le public, où le salaire d'un professeur est 3 fois inférieur à celui d'entrée pour un militaire. Un gouvernement de transition depuis 2009, une population qui attend depuis l'organisation d'élections. Mais une vraie joie de vivre, de l'espièglerie des enfants, aux sourires des hommes et des femmes qui croisent notre chemin.

Surtout, n'oubliez pas l'ingrédient essentiel : le « mora mora ». Terme malgache entendu des centaines de fois, il parfume cette recette de Madagascar. On peut le traduire par « tranquille-tranquille ». C'est la patience qui est mise à rude épreuve. C'est un art de vivre ici, où tout se fait au rythme lent de … la vie. De l'attente 3h avant le départ en taxi-brousse, à notre cadence de voyage pour ce dernier pays, ici on profite de la vie et du temps qui coule, doucement.

Ajoutez une pincée de vanille pour l'exotisme. Des fruits, des légumes, des épices, ici tout pousse et c'est du bio! Une vie rurale développée, des petites parcelles de terre cultivées. Seul le village d'Anakao, au sud ouest de Madagascar sur la côte est isolé, une île dans l'île. Il faut apporter l'eau douce en pirogue tous les jours. Ça tombe bien, ici, l'ethnie est celle des Vézos, pêcheurs et navigateurs de pirogues depuis des générations.

Faites chauffer le tout, au soleil de préférence! Vous obtiendrez Madagascar, une recette unique, à faire frémir vos papilles!

jeudi 14 juillet 2011

Colorie moi la Namibie

Après une étape de 4 jours, nous quittons le Cap, une ville intéressante, sous un superbe arc-en-ciel. Un concentré d'histoire avec la visite de Robben Island où Nelson Mandela fût emprisonné 19 ans, un concentré de paysages avec la vue inoubliable du haut du Cap de Bonne Espérance, un concentré de saveurs avec la dégustation d'excellents vins de Groot Constantia (favoris de Napoléon s'il vous plait!). Tout ce concentré tient sans problème dans notre mini voiture, rebaptisée "la micro-machine", qui doit nous emmener en 3 semaines (toujours bien à gauche) jusqu'à Windhoek à travers la Namibie. Pour vous raconter la Namibie quoi de mieux que la colorier...
Avec du rouge. Rouge comme les dunes du désert du Namib, le plus ancien au monde après celui d'Atacama au Chili mais pour nous de loin le plus beau! Ces dunes qui à la première lumière du jour impriment sur notre rétine une image indélébile. Rouge, comme ces couchers de soleil magiques sur la savane du parc national d'Etosha où nous passons 4 jours émerveillés. Rouge, enfin, comme notre tente "3 secondes" qui après avoir connu Quiberon, la presqu'île de Giens, la Corse, le Québec, vient passer une retraite ensoleillée dans des campings de Namibie et ne se laisse pas impressionner par les énormes concurrentes toutes ou presque perchées sur les toits des 4x4.
Avec du jaune. Un jaune or comme les dunes de Swakopmund qui se jettent dans l'océan Atlantique. Ces mêmes dunes où Sandra s'essaye avec talent pour la première fois au Snowboard (mais sur sable, sandboarding) et où Julien tente des envols (pas tous réussis). Jaune, comme ce roi lion d'Etosha qui parcourt d'un pas tranquille et sûr les 300m qui le séparent de notre micro-machine, traverse à moins de 3m, en nous fixant dans les yeux, et poursuit son chemin à la même allure (photos à l'appui). Jaune et marron comme les couleurs de ces grandes et belles girafes aux visages expressifs. Jaune, enfin, comme notre rire quand nous découvrons que notre micro-machine est la plus petite voiture du pays et que 90% des routes sont des pistes....
Avec du vert. Vert, comme cet arbre étrange "aloe dichotoma" qui résiste si bien au désert et que nous n'observons que dans le sud du pays. C'est aussi une couleur dont la présence augmente avec la végétation plus dense au nord du pays. Vert, comme certains oiseaux qui n'ont pas la popularité des grands prédateurs mais qu'on a bien aimé quand même. Vert, enfin, comme la couleur de nos duvets qui n'étaient pas trop épais pour certaines nuits à quasi 0°c sous la tente.
Avec du bleu. Un bleu azur comme le ciel pendant ces 3 semaines. Bleu comme le trésor que viennent chercher ces 40 éléphants pour se désaltérer, à seulement 15m de nous, une heure avant le coucher du soleil. Ces points d'eau douce présents en pleine savane d'Etosha ont de nombreux visiteurs que nous regardons avec des yeux qui brillent. Bleu, enfin, comme la couleur de notre petit réchaud à gaz qui a du mal à soutenir la comparaison avec les barbecues de nos voisins de camping. Oui mais nous, on l'amène partout et on a adoré notre petit déjeuner au pied des dunes de Sossusvlei (Namib)!
Avec du blanc. Blanc, comme la couleur du sol en plein milieu des dunes du Namib, seulement parsemé de quelques troncs d'arbres qui ont perdu leur bataille contre la sécheresse. Blanc, comme la famille de rhinocéros que nous apercevons au loin. Ils sont bien plus timides que les noirs observés par chance à quelques mètres. Blanc, comme le museau et les pattes des oryx ou encore le ventre des "plus belles": les gracieuses antilopes springbok. Blanc et noir, comme les rayures du zèbre : ces couleurs associées lui permettent de réguler sa température corporelle, en toute harmonie. Blanc, enfin, comme le nouvel intérieur "poussière" de la micro-machine (et de tout ce qu'il y a dedans, nous compris) après 4000km sur des pistes. On comprend mieux maintenant pourquoi tous les voyageurs optent pour le 4x4. Par contre, on compte sur vous pour ne pas nous dénoncer à Hertz qui n'était pas forcément au courant du parcours épique...
La Namibie nous aura livré un arc-en-ciel inoubliable qu'on vous recommande vivement! Maintenant place à la grande île: Madagascar...

mardi 14 juin 2011

Portraits de Moais: à la rencontre des statues du bout du monde

Perdus sur une île petite de 12km sur 24km, à plus de 3500km de toute autre terre, les Moais vivent là depuis longtemps. Combien de temps exactement ? Personne ne le sait vraiment. Une certitude : les moais, ces célèbres statues de pierre, honoraient les ancêtres des habitants de Rapa Nui (île de Pâques) et une compétition pour sculpter les plus beaux, les plus grands Moais, régnait sur l’île. Que savent-ils de cette île, qu’ont-ils vécu ? Des professionnels essaient de découvrir leur histoire mais les interprétations divergent. En revanche, ils semblent se souvenir de la semaine dernière….

Moai Tautira est le premier à s’exprimer sur cette merveilleuse île qu’il connait si bien. Il habite à Hanga Roa le seul village de l’île. Dos à la mer il fait face à ces dizaines de cratères de volcans qui façonnent son île. Biensûr, il y a la couleur noire si caractéristique de cette roche volcanique (sa roche), surtout près du rivage, mais aussi les nuances de vert, de jaune, de bleu, d’ocre qui colorent les prairies, l’océan, les chemins... Son île, il la contemple sans cesse avec toujours cette même fascination depuis tant de siècles. Combien de siècles? Il doit avoir au moins 500 ans, personne ne peut le certifier et lui ne s’en souvient pas. La semaine passée ? Oui, il s’en souvient. Il a bien vu ces deux marcheurs arpenter le sentier d’une vingtaine de km, monter au sommet de l’île (500m quand même), rentrer tard et épuisés d’après lui. Son regret ? Etre là depuis si longtemps et toujours seul !

Moai X est à l’aise. Evidemment l’île est belle mais son charme, elle le doit : « à moi et mes 14 autres amis ». Le club exclusif du Tongariki. Ils sont amis « depuis toujours ». Ils sont ensemble et alignés pour le plus grand bonheur de toutes les générations d’humains peuplant l’île. Autrefois, les habitants de Rapa Nui, aujourd’hui  les 60 000 visiteurs par an. Il est fier car jamais un visiteur n’a quitté l’île sans passer l’immortaliser. Il connait toutes les marques d’appareils photo au monde et précise qu’il n’aime guère les flashs. « Evidemment, il fallait faire partie des plus beaux pour rentrer au club VIP du Tongariki, que pensez-vous ?! ». Moai X est fier car c’est le seul de la bande à avoir encore son chapeau rouge (aussi lourd que deux éléphants). La semaine passée ? Oui, il s’en souvient. « Etranges ces deux, ils sont venus en scooter un peu avant 07h voir le lever de soleil et ont donc dû traverser l’île de nuit. Puis, ils sont revenus vers 09h et enfin vers 15h, on en voit des bizarres ! ». Son regret ? Que le chapeau rouge ne soit plus vraiment à la mode sur l’île. Un peu lourd quand même confie-t-il.

Moai Vinapu a du mal à s’exprimer. « L’île est belle mais ce sont ses habitants qui ont perdu la raison ! ». Il parle de cette période de guerre qui a déchirée les tribus de l’île il y a plus de deux siècles. La raison : l’épuisement des ressources naturelles pour cette course aux statues. Plus d’arbres donc plus d’oiseaux, plus de bois pour aller pêcher, pour cuisiner…. « Ils sont devenus fous et m’ont tiré à terre, ils étaient peut être cinquante. Je suis tombé et depuis j’attends ». La semaine passée ? Oui, il s’en souvient. Ils sont passé par là, je les ai juste vu rapidement de côté car je suis maintenant face contre terre. Ils n’arrêtaient pas de dire qu’ils étaient fascinés par l’histoire de l’île, que c’était incroyable, qu’il fallait prendre garde aux ressources naturelles… « Un peu trop enthousiastes si vous voyez ce que je veux dire ». Son regret ? Qu’ils l’aient fait chuter en avant pour être sur le dos. Ainsi, apprécier ce ciel, qui est ici comme nulle part ailleurs, et sentir l’embrun du Pacifique rafraichir son visage.

Moai Akivi est différent. Son horizon n’est pas le même. Ils sont sept comme lui à regarder l’océan depuis l’intérieur des terres. « Tous les autres lui tournent le dos, nous on ne se lasse jamais de cet horizon sans fin ». Il ne sait pas pourquoi, ils sont là dans ce sens, personne ne se l’explique vraiment. « Rassurez-vous, nous aussi nous sommes nés pour honorer les ancêtres » La semaine passée ? Oui, il s’en souvient. « C’est assez étrange, je ne sais pas si je peux en parler mais oui, je les ai vu les deux, ils sont venus danser devant nous ! ». Danser, quelle drôle d’idée ?! Peut-être que lorsqu’on change de perspectives on voit des choses différentes... Son regret ? Qu’on continue ce genre de questions inutiles !!

Un jeune Moai ne comprend toujours pas ce qui s’est passé. Il rêvait de sentir l’embrun du Pacifique mais il est là, ils sont là, plusieurs centaines encore, sur les pentes de la nurserie de Rano Raraku. La plupart n’ont que la tête ou les épaules qui émergent du gazon. Ils sont trop jeunes, ils n’ont pas eu le temps d’être terminés. La pénurie de ressources est arrivée avant, entrainant la guerre et l’arrêt de la carrière. Pétrifiés sur les pentes du cratère ils attendent. La semaine passée ? Oui, le jeune Moai s’en souvient. « Ils sont venus à l’aube, j’étais à peine réveillé. Ils sont passé précipitamment et m’ont tiré le portrait ». Son regret ? Qu’à force d’Ubris, de vouloir toujours voir plus grand, les hommes ont oublié l’essentiel et n’ont pas tenu compte de leur impact sur l’environnement. 

Moai Nau Nau est cool et prend son temps. Chaque jour il remercie ses créateurs. « Vous voyez ça, au bord de l’eau sur une plage de sable fin avec les palmiers et cocotiers autour ». Le seul désagrément de la plage d’Anakena, un endroit paradisiaque, semble être la fougue de ce troupeau de chevaux semi-sauvages qui tournent autour de lui et de sa famille. A leur en faire perdre la tête. La semaine passée ? Oui, il s’en souvient. « Oui, oui ils se sont baignés dans cette eau cristalline. Pas chaude peut-être, mais la plage est superbe non ?! ». Son regret ? Il est le seul des cinq à avoir perdu son chapeau.

Ce beau voyage, qui sait cette enquête aussi peut-être, un célèbre Chilien l’a fait il y a une cinquantaine d’année. Pablo Neruda, l’illustre poète, est passé par là. Nous avons donc suivi ses pas la semaine suivante naviguant entre funiculaires sur les pentes de Valparaiso sa cité de cœur aux multiples couleurs. Nous avons retrouvé sa trace un peu partout dans Santiago. Enfin, nous n’avons pas pu nous empêcher d’honorer une passion commune pour le bon vin avec une dégustation dans les célèbres caves de Cousino Macul sur les contreforts du massif andin qui se couvre lentement d’une superbe parure blanche.

vendredi 3 juin 2011

Les trésors du Pérou


L’année dernière en France, s’exposait l’or des Incas. Des trésors incroyables. Nous avions eu la chance de visiter le Pérou inca il y a quelques années. Aujourd’hui, donc, direction le Nord du Pérou, pré-incas. Nous commençons notre découverte par un musée époustouflant : le musée del Señor Sipan (350 ap JC), dont la tombe a été découverte en 1987, intacte. Remplie de trésors : or, céramiques… Des pièces que les milliers  d’enfants de la région de Chiclayo observent à grand bruit, lors de cette journée mondiale des musées. Le trésor, est-il devant nos yeux, ou serait-ce cette génération future qui construira le Pérou de demain?

Nous continuons notre route, à la découverte des civilisations Huari, de Chan Chan et Moche de la Huaca del Sol y de la Luna, précédent de près de mille ans l'arrivée des Incas. Ces lieux historiques nous donnent à réfléchir à la richesse architecturale et artistique des ancêtres Péruviens. Dans 1000 ans, que restera-t-il des magnifiques villas coloniales de la ville de Trujillo ? Des ruines de sables, reconstituées comme à Chan Chan dans un décor désertique,  ou des murs découverts et rénovés au pinceau, dans la plus grande délicatesse comme à la Huaca de la Luna ?

Direction Huaraz. A 3100m, dans les Andes péruviennes, là encore, les civilisations pré-incas ont laissé des traces : la culture Chavin est toujours présente, avec les ruines de sa capitale construite il y a plus de 4000 ans… Mais ici, le trésor n’est-il pas ces montagnes de plus de 6000m, qui entourent la ville de Huaraz ? Cette Cordillère Blanche, vieille de milliers et milliers d’années ? Une couronne de glaciers qui reculent visiblement à mesure que l’homme avance.  Encore majestueux, encore sources d’eau douce, mais pour combien de temps ? Comme sur les ruines des civilisations, les années passent, polissent et altèrent ces glaciers andins. 

Nous marchons quatre jours, au milieu de ces montagnes. Le joyau, sera certainement l’Alpamayo (5947m), élue plus belle montagne du monde (encore un drôle de sondage). Nous ne verrons que la très belle face sud, mais la face nord parait-il est un diamant. Hormis le premier jour, couvert et pluvieux, nous serons semblables à des girouettes, regardant de tous les côtés les paysages magiques qui nous entourent. En pleine journée, à l’aube ou au coucher de soleil, les sommets forment autour de nous un écrin de glace. Depuis le col Punta Union à 4750m, la vue est sublime, mais nous devons toujours lever les yeux pour observer les 6000m. La nuit, c’est le ciel étoilé qui nous hypnotise quelques minutes, jusqu’à ce que le froid reprenne le dessus, et nous pousse dans les duvets, sous notre petite tente perchée à 4200m. Nous regarderons de temps en temps nos pieds pour éviter les pierres ! Nous regarderons aussi nos compagnons de route : trois israéliens partir devant, bien trop en forme pour que nous les suivions. Heureusement, Sylvain et Camille sont des adaptes de La Fontaine, et comme nous pensent que « rien ne sert de courir, il faut partir à point… et ne pas se tromper de sentier ! ».

Les trésors de la nourriture sont inébranlables. Le ceviche, poisson mariné au citron, fait un carnage… Nous passons, au grand désespoir de Sandra, à côté du « arroz con pato », soit canard au riz… Mais, allez, on avoue, un peu de patriotisme, on a adoré les crêpes jambon-fromage et chocolat de chez Patrick…

Enfin, c’est vrai, les trésors sont aussi en Europe : Le Barca, un bijou; Roland Garros et sa terre battue, une surface en or… Dans 1000 ans, les archéologues devront-ils concentrer leurs fouilles vers Zurich, ou vers Majorque pour retrouver la Coupe des Mousquetaires ? Nul doute en revanche que pour le ballon d’or, ils se dirigeront vers Barcelone…

samedi 14 mai 2011

Au pays des géants


Le rutilant Tungurahua, le célèbre Cotopaxi, le banquier Pinchincha, le féroce Altar, M et Mme Ilinizas, le roi Chimborazo…. autant de géants qui imposent le respect dans cette superbe cordillère des Volcans en Equateur. Certains se parent de belles robes de neige fraiche qui recouvrent leurs glaces millénaires, d’autres se tapissent dans de mystérieux nuages denses, certains éternuent de temps à autre, d’autres enfin démontrent un caractère bien cendré ! Tous sont majestueux.

Lors de notre étape à Quito, nous ne découvrons pas Pinchincha le domestiqué. Nous arpentons seulement ses flancs sur lesquels la capitale est venue implanter des milliers de maisons et des centaines d’églises, bien remplies lors de ce dimanche des rameaux. Certes les habitants l’ont domestiqué avec un téléphérique, mais ils lui vouent un vrai culte chaque lundi matin en faisant la queue dans l’un de ses nombreux guichets présents dans tout le pays.

De retour des îles Galápagos, nous prenons la direction de Banos pour nous ressourcer dans les célèbres bains de soufre de la ville. Très vite, c’est l’humeur sulfureuse de notre très proche voisin, le géant Tungurahua, quelque 3000 m au-dessus de notre tête, qui nous interpelle. La première nuit, il nous accueille avec de petites effusions spectaculaires de laves rougeoyantes. Le second jour, il s’éveille et agite une belle cheminée discontinue de cendres. Nous nous habituons progressivement à sa présence. Le troisième jour, en recherche de créativité, il tonne régulièrement, faisant trembler les vitres de l’hôtel, et nous ouvre véritablement son cœur dégageant une gigantesque colonne de cendres de sept km au-dessus de son cratère. Nous commençons à cerner le personnage, il est temps de partir. Le lendemain, la ville de Banos sera plongée sous quelques centimètres de cendres et les habitants obligés de porter des masques. Peut-être lui manquait-on ?

Selon des sources locales, certains géants apprécieraient prendre de bons bains. Nous décidons de nous rendre dans le petit village de Chugchilan (3200m) pour se préparer à celui de Quilotoa… Deux jours de trek avec sur le chemin une incroyable fromagerie d’altitude où nous prenons des forces. Sept heures de grimpette et c’est enfin la rencontre avec Quilotoa qui se cache dans une vaste lagune à 3800m. Ce vieux volcan prend des bains d’eaux tour à tour vertes rubis, bleues roi ou encore turquoises. Au début, il n’était pour nous qu’un prétexte pour se préparer à aller voir le plus grand des géants de l’Equateur. Quilotoa est en fait un géant qui invite au silence et à la contemplation. L’endroit est vraiment sublime, une belle surprise. 

Une nuit et une journée tous les deux ensemble au pied du roi, le Chimborazo 6310m. Nous le regardons fascinés par sa taille, par sa parure de glace, par ses hôtes lamas qu’il laisse profiter de ses flancs fertiles. Joël et Eloy, guides de Riobamba, connaissent bien le personnage et nous accompagnent jusqu’au premier refuge à 4800m. Julien encouragé et assuré par Eloy décide d’aller explorer le cuir chevelu du géant. 
Une nuit au deuxième refuge à 5000m qui ne permet pas de fermer l’œil. A 23h30, crampons aux pieds, piolet à la main et encordés, Julien et Eloy partent pendant que le Chimborazo sommeille. Le géant est robuste, ses traits saillants avec des inclinaisons entre 50 et 70 degrés, son air trop peu oxygéné… 05h00, après des efforts harassants et un dépassement de soi, Julien découvre que le géant n’a pas un poil sur le caillou ! D’ailleurs il est trop tôt, on ne voit pas grand-chose. Il faut pourtant repartir sans en être complètement sûr. Ils redescendent tranquillement apercevant au loin le cousin Cotopaxi, qui lui reçoit plus de visites, le couple des Ilinizas et ce diable de Tungurahua qui fait le malin avec ses nuages noirs de cendres. Le Chimborazo force le respect, c’est un géant qui inspire !

Dans ce pays des géants, on prend des habitudes de géants. Quand on redescend des épaules, des flancs ou même seulement des genoux de ces géants on apprécie une bonne pizza gigantesque. Latacunga, Riobamba, nous avons deux bonnes adresses à disposition…Quand on côtoie ces géants, on voit tout en grand ! On ne prend plus de chambres, on prend des dortoirs privatifs de 10 à 15 lits, comme ça on a de l’espace. Eh oui le pays des géants n’est pas encore plébiscité par les hommes. On privilégie l'auberge au nom de Casa de los Condores plutôt que l’auberge du Colibri. On fait des achats de souvenirs en format géant. Non pas un, non pas deux...mais quatre panamas ramenés de Cuenca la capitale du célèbre chapeau. On ne s’intéresse plus au petit carnet en papier typique, avec notre force de géants on charge de la poterie dans nos sacs à dos! Avant de passer au Pérou, on décide de faire une pause de six jours à Vilcabamba pour l’auberge, le climat, les ballades sympas et surtout pour le petit déj qui est géant ! Difficile de quitter ce pays…

Dans ce pays, il y a des gens qui tatouent patiemment chaque jour, au prix d’efforts surhumains, le corps de ces géants. Tous les verts sont représentés dans ces tatouages quadrillés et ce quelle que soit l’inclinaison de la partie du corps, rien ne leur échappe. Ils tirent de cette peau fertile de superbes aliments qu’ils vendent chaque jeudi au marché de Guamote. Guamote, c’est un carrefour indigène magnifique où les visiteurs que nous sommes apprécient ce spectacle de milliers d’habitants descendant en camions collectifs de leur village, venant s’approvisionner en aliments, en fournitures primaires de tout type, en bêtes mais aussi en chansons (surtout le dernier album de Coralie)… A Guamote, les indigènes n’ont pas troqué leurs traditions pour des stands de souvenirs à touristes, peut-être parce qu’il n’y en a presque pas. 
Dans ce pays des géants, où ira ce petit veau tout juste acheté au marché et qui fera le trajet de trois heures dans le couloir du bus, à léchouiller le coude de Julien….part-il sur les flancs de l’un de ces géants ?

jeudi 28 avril 2011

Un tout petit monde


C’est un monde éloigné du continent, quelque part sous l’équateur là où l’Océan se fait nommé Pacifique. Une vingtaine d’îles le délimite, peut-être plus si l’on compte les nombreux cratères de volcans qui surgissent de l’eau. Ce monde offre des paysages extraordinaires. Là, des coulées de laves millénaires ont recouvert le sol de cette roche noire légère et alvéolée. Plus loin, la mangrove pleine de vie, labyrinthe de bois clair et feuillages verdoyants, sert de frontière entre les eaux turquoises et la terre ferme. C’est un monde où la diversité s’exprime jusque dans les moindres détails comme ces grains de sable souvent blancs ou noirs, quelquefois jaunes ou rouges, qui colorent des plages uniques. Souvent dans l’après-midi, au loin, les sommets des volcans se couvrent de nuages mystérieux.

C’est un monde marin habité par d’étranges animaux. Depuis les passerelles en bois du petit port de Vallamil sur Isabela, on aperçoit des lions de mer joueurs qui viennent barboter, d’autres plus téméraires qui, d’un saut, prennent possession de bateaux, une tortue de mer plutôt curieuse ou encore des couples de petits pingouins nageant à vive allure. Un tuba et un masque permettent de s’inviter chez les requins de récifs bien portants et mesurant facilement 1m50 et de nager avec des duos de tortues. Un équipement de plongée : pour découvrir des étoiles de mer aux couleurs inédites, pour danser avec des lions de mer amusés, pour s’émerveiller sous les raies mantas de 6m. Des sandales en sortant de l’eau, pour éviter de marcher sur l’un des milliers d’iguanes marins aux ressemblances plus que frappantes avec leurs cousins dinosaures.

C’est un monde terrestre habité par des créatures venues de temps préhistoriques. Lonesome Georges, un des doyens de l’île, accumule les 150 années sous sa carapace. Certes le lièvre va plus vite mais pas aussi loin ! Les nouvelles générations protégées grandissent sans danger sous leurs lourdes carapaces. Les iguanes terrestres bariolés de couleurs acidulées apprécient le chaud soleil de ces îles. Dans la mangrove, l’armée de crabes quand elle ne dort pas, affûte ses pinces au passage de petits poissons. C’est aussi une terre d’accueil pour des centaines d’oiseaux aux formes et couleurs surprenantes. Ici, une frégate magnifique au torse rougeoyant, plus loin l’un des fameux pinsons au bec comme-ci ou comme ça, et là des fous à pattes bleues sortis tout droit d’un dessin animé.

Un monde unique qui attire un groupe d’explorateurs venus des contrées éloignées du 14eme district près du parc Montsouris ou du pays des grands sombreros. Les retrouvailles après sept mois. A la différence de l’illustre Darwin, ils ne s’assiéront pas sur le dos des tortues géantes. L’un d’eux protégé par son panama affronte les vagues pour découvrir le monde aquatique. Un autre, muni de souliers dernière génération, arpente les moindres recoins de cette terre. Tous les quatre s’émerveillent des trésors de ce monde et rencontrent des habitants souriants, intéressants et tranquilles. Un monde où les habitants joueurs, se retrouvent sur le city stade chaque soir dès 17h. Julien tel un lyonnais retrouve peu à peu un niveau footballistique intéressant. 

Ce monde, c’est un monde où le visiteur ne se sent pas vraiment chez lui, malgré l’hospitalité des deux mille habitants. Ce n’est pas le monde des hommes ici, mais celui de la nature et des animaux. Le village est une tâche minuscule sur une île immense, vu du haut de l’avion 5 places qui nous ramène à l’aéroport principal. Un archipel isolé où le temps s’est arrêté, que l’homme tente de ne pas endommager, mais de protéger. 

C’est un tout petit monde, fragile au creux de nos mains…