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samedi 13 novembre 2010

A Bicyclette…

-Et maintenant qu’est-ce qu’on fait pendant 3 semaines en Jordanie ?
-Je ne sais pas. Ce serait sympa de prendre notre temps et de trouver quelque chose d’original à faire.
-Prenons quelque jours à Amman et on avise, ok ?
-Ok. Tiens et si on faisait un truc fou du genre acheter des vélos et traverser jusqu’au sud, à Aqaba ?!
-Tu crois ? Nous qui n’avons jamais dépassé les 20km en vtc dans la forêt de Compiègne.

 Fou n’est  pas le mot qui décrit notre aventure de 10 jours sur nos 2 vtt à traverser une grande partie de la Jordanie par la magique route du Roi. Extraordinaire conviendrait mieux. Certes, les mollets ont souffert, quelques rapides idées d’abandon ont pu nous traverser l’esprit, mais que la route fut belle. Des « welcome »  par milliers récoltés sur la route et autant de klaxons d’encouragement, des centaines de proposition pour venir boire le thé, des panoramas du haut des wadi (canyon/vallée) à couper le souffle et quelques rencontres marquantes.

Après 5 jours passés à Amman, nous partons avec un souvenir très agréable de cette capitale à taille humaine avec ses collines et maisons harmonieuses construites en pierre de taille blanche. Une ville où il doit faire bon vivre. D’Amman nous gardons aussi en mémoire cette rencontre avec Djemil et Mohammad, tous deux jordaniens. Mohammad travaille en Arabie Saoudite et son oncle en Allemagne, où il a immigré il y a 13 ans. Après une seconde rencontre fortuite dans la rue, nous déjeunons ensemble puis  l’après-midi, ils modifient leur programme pour nous aider à trouver nos vélos à l’autre bout de la ville. Ils nous font découvrir des pâtisseries du pays, nous montrent la vieille ville avec une gentillesse et une hospitalité déconcertantes. Nous terminerons cette journée en  partageant une chicha.

L’aventure commence le lendemain depuis Madaba. Une première journée de rodage en direction du Mont Nébo (où Moïse décéda) 25 km aller-retour. Après seulement 1h, la chaîne du vélo de Sandra saute pour la 5éme fois et Julien la remet de nouveau  avec sourire biensur. Un arrêt au stand est donc obligatoire en fin de journée. Avec énergie et insistance, le garagiste local, plus spécialiste en réchaud butagaz et en chauffe-eau électrique, parvient  à résoudre le premier problème de chaine du vélo 1.

La seconde étape (de montagne) relie Madaba à Kerak. Digne des étapes du Tourmalet et de l’Alpe d’Huez cumulées nous pédalons 35km avant de mettre les 2 vélos dans un minibus pour finir les 50km restants… A notre décharge le vélo 1, devenu celui de Julien, n’a plus qu’une vitesse sur 21, un pneu arrière crevé et la côte depuis le bas du Wadi Mujib est à plus de 12% sur 10km. L’étape de 2 jours à Kerak permet aux cuisses de récupérer et aux vélos 1 et 2, lui aussi touché, de faire peau neuve. Là encore nous faisons la rencontre formidable de Mohammad (un autre) et de ses amis. Devant son garage, pas celui de nos vélos, ils nous proposent le thé que nous acceptons. 2 heures de conversation magiques, composées à 25% d’arabe, 25% d’anglais et 50% de signes/sourires.

La troisième étape (encore montagneuse) qui relie Kerak et son château à la réserve naturelle de Dana est une épreuve pour nos nerfs. Après 3 km de descente, le vélo 1 qui sort du garage, ne tourne plus ! Aïe ! Il ne reste plus qu’à faire demi-tour, et remonter la côte pour faire réparer le vélo... Mohammad (toujours lui) nous sauve la mise avec un peu d’huile, et nous offre de nouveau le thé. 9h nous partons vraiment. 45km plus loin, en bas du Wadi Al-Hasa, cousin du Mujib par la dénivellation, nous nous reposons avec une troupe d’enfants hyper craquants (photo de la semaine 6). Ensuite, recherche d’un pick-up pour nous remonter jusqu’à Dana. Mohamed s’arrête (un autre encore), il a le mini van rempli de chaussures et vêtements qu’il va vendre sur le marché mais décide de superposer nos vélos et hop nous emmène gratuitement. Il en est tellement ému qu’il appelle son père sur le trajet pour lui dire qu’il a 2 français dans son van.

Avant la quatrième étape, une halte dans le hameau de Dana avec une randonnée et des couchers de soleil renversants. Nous rencontrons Haroon (nouveau portrait dispo) qui nous enseigne quelques nouveaux mots d’arabe et nous fait visiter son centre d’économie solidaire. Après 3 jours, il faut repartir. Bonne nouvelle, la quatrième étape jusqu’à Pétra se caractérise par l’absence d’assistance mécanique sur les vélos et d’assistance sanitaire pour nos mollets (pas de km en bus). A Pétra, nous retrouvons nos marques : notre resto favori, notre hôtel et notre pâtisserie…
Dernière étape (de descente), l’autoroute qui descend jusqu’à Aqaba notre terminus. Sans encombre. Un contrôle de police sur la route, non pour excès de vitesse ou pour pratique du vélo sur autoroute, mais par simple curiosité. Voilà, c’est l’heure de revendre ou plutôt brader nos 2 vélos. Vous devinerez que c’est le vélo 2 qui a permis de valoriser le package.

Deux jours dans le monde de Némo en Mer Rouge puis 2 jours incroyables avec nos amis Julie et Cairo dans le Wadi Rum. Maintenant direction Incredible India, nous décollons ce mercredi.
Une chose est sûre, ces 2 mois dans la région  sont  une belle surprise. Des paysages magnifiques, une histoire et des sites marquants, des gens inoubliables. La Jordanie en particulier va nous manquer….

samedi 30 octobre 2010

D’une frontière à l’autre

Depuis notre dernier article et notre découverte des trésors du Nil, nous avons eu de très belles expériences : nous avons plongé du côté de la Mer Rouge, nous avons visité l’incroyable site de Pétra et surtout nous avons traversé certaines frontières et d’autres.... non.

Revenons rapidement sur ce diplôme de plongée passé brillamment par Sandra (49/50) et astucieusement par Julien (au-dessus du minimum requis). Après quatre jours de cours et de plongées, jusqu’à 17m tout de même, nous sommes maintenant certifiés Padi - 1er niveau. Cela faisait longtemps que nous n’avions plus connu ce stress du retour de copie corrigée, mais tout s’est bien passé. Geff, notre instructeur sud-africain (surfeur également), nous a fait découvrir les fonds marins exceptionnels de Nuweiba: des coraux multicolores encore préservés, des dizaines d’espèces de poissons différentes, allant des couples de poissons clowns aux poissons lions, pierres… en passant par les barracudas et par chance une raie manta de plus d'un mètre. MAGIQUE ! Nous avons également profité de cette semaine pour affiner notre bronzage et assouplir nos plantes de pieds avec le contact du sable fin lors des déjeuners et diners.

Puis nous avons quitté l’Egypte, préférant l’option routarde (comprenez plus économe) du passage de la frontière Egyptienne puis Israélienne (avec un visa sans tampon sur le passeport) et enfin Jordanienne, à l’option bateau reliant directement l’Egypte à Aqaba en Jordanie. Au  passage de Taba (Egypte) à Eliat (Israël) les policiers sont d'un coup plus armés, plus attentifs, le climat change. La devise n'est plus la même le paysage non plus. La Mer Rouge est toujours là mais les constructions, les infrastructures, sont modernes. On se croirait sur la côte d’Azur. La négociation ardue avec le taxi s’est transformée en un simple « meter sir ». Vingt minutes plus tard nous quittons Israël pour Aqaba en Jordanie. Nous expérimentons la notion du « No man’s land ». Personne, en pleine journée, dans cette bande de désert de près de 500m de large, des militaires surarmés de chaque côté se guettant et une appréhension: si la Jordanie ne nous acceptait pas malgré les accords de paix avec Israël. Inquiétude infondée, une heure plus tard nous sommes dans un minibus collectif avec Nathalia et Pedro, un couple d’argentin très sympa, en direction de Pétra. 

En quelques heures, nous retrouvons nos repères, de bons plats de fallafels, le même langage,  à ceci près qu’on nous répond « vous parlez égyptien » en référence à certaines expressions locales, mais certains indices confirment que nous venons bien de changer de pays. Moins de monde dans les rues (seulement 7 millions d’habitants contre 83 millions), les affiches du Roi un peu partout placardées, 6° de moins (ouf), des klaxons moins utilisés et des sourires francs accompagnés de "welcome". Nous commençons à ressentir cette hospitalité Jordanienne.
Dès le lendemain, nous partons pour le site merveilleux de Pétra, trois jours durant. De la première heure (à 6h sous la lune à l'ouverture de la grille) à la dernière minute nous avons été éblouis par cette cité antique. Evidemment il y a les plus célèbres monuments, le Kazneh, le monastère Ed Deir, les tombes, mais il y a aussi pour ceux qui le souhaitent, la possibilité de s'aventurer un peu plus haut ou un peu plus loin afin de visiter l'immense site autrement. Nous avons fait de superbes randonnées sur les hauteurs, rencontré, en compagnie de Marie et Rochdi un couple de belges extra, le gardien du mont Aaron (un nouveau portrait est dispo), bu le thé traditionnel avec un Bédouin au-dessus du Kazneh et apprécié le calme loin du flux de touristes sur le chemin principal. Pétra est un MUST! C'est aussi un lieu encore vivant avec les bédouins, occupants du site jusqu'en 1985, qui y travaillent chaque jour et qui animent cette visite inoubliable!

Rochdi, Marie et bien d'autres nous conseillent vivement de visiter la Syrie: "Un pays extraordinaire", "des gens encore plus accueillants, chaleureux" et surtout un coût de la vie moins élevé. Ni une ni  deux, les frontières étant proches ici, malgré notre absence de visa Syrien nous tentons notre chance jeudi. 3h de bus depuis Pétra et 1h30 de taxi collectif depuis Amman plus tard, nous sortons de Jordanie. Nous payons nos taxes, nous passons les check points de cette frontière plus animée et nous nous présentons en Syrie. 

Déjà des premiers changements: fini les chiffres occidentaux (certes arabes) sur les plaques des voitures, uniquement des chiffres arabes, le président Bachar El-Assad a remplacé le roi Abdullah sur les affiches et la devise est 60 fois plus faible... Malheureusement nous ne pourrons vous en dire plus.  Nous avons seulement visité les 100 premiers mètres du parking de la frontière Syrienne, le temps de stationner le taxi. Puis après une heure de confiscation de passeport, un officier gradé nous rétorque sans explication "go back to Jordan, not allowed in Syria". Pas de chance nous cumulions les "fautes": pas de visa et un très probable accord secret entre la Jordanie et la Syrie qui s'informent sur des passages de frontière depuis Israël (ici Palestine occupée) même sans présence de tampon sur le passeport.

Une journée nerveusement intense pour ne pas dire un peu dure mais nous saurons rebondir en découvrant pour trois semaines la Jordanie...dans ses moindres recoins.