-Et maintenant qu’est-ce qu’on fait pendant 3 semaines en Jordanie ?
-Je ne sais pas. Ce serait sympa de prendre notre temps et de trouver quelque chose d’original à faire.
-Prenons quelque jours à Amman et on avise, ok ?
-Ok. Tiens et si on faisait un truc fou du genre acheter des vélos et traverser jusqu’au sud, à Aqaba ?!
-Tu crois ? Nous qui n’avons jamais dépassé les 20km en vtc dans la forêt de Compiègne.
Fou n’est pas le mot qui décrit notre aventure de 10 jours sur nos 2 vtt à traverser une grande partie de la Jordanie par la magique route du Roi. Extraordinaire conviendrait mieux. Certes, les mollets ont souffert, quelques rapides idées d’abandon ont pu nous traverser l’esprit, mais que la route fut belle. Des « welcome » par milliers récoltés sur la route et autant de klaxons d’encouragement, des centaines de proposition pour venir boire le thé, des panoramas du haut des wadi (canyon/vallée) à couper le souffle et quelques rencontres marquantes.
Après 5 jours passés à Amman, nous partons avec un souvenir très agréable de cette capitale à taille humaine avec ses collines et maisons harmonieuses construites en pierre de taille blanche. Une ville où il doit faire bon vivre. D’Amman nous gardons aussi en mémoire cette rencontre avec Djemil et Mohammad, tous deux jordaniens. Mohammad travaille en Arabie Saoudite et son oncle en Allemagne, où il a immigré il y a 13 ans. Après une seconde rencontre fortuite dans la rue, nous déjeunons ensemble puis l’après-midi, ils modifient leur programme pour nous aider à trouver nos vélos à l’autre bout de la ville. Ils nous font découvrir des pâtisseries du pays, nous montrent la vieille ville avec une gentillesse et une hospitalité déconcertantes. Nous terminerons cette journée en partageant une chicha.
L’aventure commence le lendemain depuis Madaba. Une première journée de rodage en direction du Mont Nébo (où Moïse décéda) 25 km aller-retour. Après seulement 1h, la chaîne du vélo de Sandra saute pour la 5éme fois et Julien la remet de nouveau avec sourire biensur. Un arrêt au stand est donc obligatoire en fin de journée. Avec énergie et insistance, le garagiste local, plus spécialiste en réchaud butagaz et en chauffe-eau électrique, parvient à résoudre le premier problème de chaine du vélo 1.
La seconde étape (de montagne) relie Madaba à Kerak. Digne des étapes du Tourmalet et de l’Alpe d’Huez cumulées nous pédalons 35km avant de mettre les 2 vélos dans un minibus pour finir les 50km restants… A notre décharge le vélo 1, devenu celui de Julien, n’a plus qu’une vitesse sur 21, un pneu arrière crevé et la côte depuis le bas du Wadi Mujib est à plus de 12% sur 10km. L’étape de 2 jours à Kerak permet aux cuisses de récupérer et aux vélos 1 et 2, lui aussi touché, de faire peau neuve. Là encore nous faisons la rencontre formidable de Mohammad (un autre) et de ses amis. Devant son garage, pas celui de nos vélos, ils nous proposent le thé que nous acceptons. 2 heures de conversation magiques, composées à 25% d’arabe, 25% d’anglais et 50% de signes/sourires.
La troisième étape (encore montagneuse) qui relie Kerak et son château à la réserve naturelle de Dana est une épreuve pour nos nerfs. Après 3 km de descente, le vélo 1 qui sort du garage, ne tourne plus ! Aïe ! Il ne reste plus qu’à faire demi-tour, et remonter la côte pour faire réparer le vélo... Mohammad (toujours lui) nous sauve la mise avec un peu d’huile, et nous offre de nouveau le thé. 9h nous partons vraiment. 45km plus loin, en bas du Wadi Al-Hasa, cousin du Mujib par la dénivellation, nous nous reposons avec une troupe d’enfants hyper craquants (photo de la semaine 6). Ensuite, recherche d’un pick-up pour nous remonter jusqu’à Dana. Mohamed s’arrête (un autre encore), il a le mini van rempli de chaussures et vêtements qu’il va vendre sur le marché mais décide de superposer nos vélos et hop nous emmène gratuitement. Il en est tellement ému qu’il appelle son père sur le trajet pour lui dire qu’il a 2 français dans son van.
Avant la quatrième étape, une halte dans le hameau de Dana avec une randonnée et des couchers de soleil renversants. Nous rencontrons Haroon (nouveau portrait dispo) qui nous enseigne quelques nouveaux mots d’arabe et nous fait visiter son centre d’économie solidaire. Après 3 jours, il faut repartir. Bonne nouvelle, la quatrième étape jusqu’à Pétra se caractérise par l’absence d’assistance mécanique sur les vélos et d’assistance sanitaire pour nos mollets (pas de km en bus). A Pétra, nous retrouvons nos marques : notre resto favori, notre hôtel et notre pâtisserie…
Dernière étape (de descente), l’autoroute qui descend jusqu’à Aqaba notre terminus. Sans encombre. Un contrôle de police sur la route, non pour excès de vitesse ou pour pratique du vélo sur autoroute, mais par simple curiosité. Voilà, c’est l’heure de revendre ou plutôt brader nos 2 vélos. Vous devinerez que c’est le vélo 2 qui a permis de valoriser le package.
Deux jours dans le monde de Némo en Mer Rouge puis 2 jours incroyables avec nos amis Julie et Cairo dans le Wadi Rum. Maintenant direction Incredible India, nous décollons ce mercredi.
Une chose est sûre, ces 2 mois dans la région sont une belle surprise. Des paysages magnifiques, une histoire et des sites marquants, des gens inoubliables. La Jordanie en particulier va nous manquer….