Affichage des articles dont le libellé est Equateur-Galapagos. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Equateur-Galapagos. Afficher tous les articles

samedi 14 mai 2011

Au pays des géants


Le rutilant Tungurahua, le célèbre Cotopaxi, le banquier Pinchincha, le féroce Altar, M et Mme Ilinizas, le roi Chimborazo…. autant de géants qui imposent le respect dans cette superbe cordillère des Volcans en Equateur. Certains se parent de belles robes de neige fraiche qui recouvrent leurs glaces millénaires, d’autres se tapissent dans de mystérieux nuages denses, certains éternuent de temps à autre, d’autres enfin démontrent un caractère bien cendré ! Tous sont majestueux.

Lors de notre étape à Quito, nous ne découvrons pas Pinchincha le domestiqué. Nous arpentons seulement ses flancs sur lesquels la capitale est venue implanter des milliers de maisons et des centaines d’églises, bien remplies lors de ce dimanche des rameaux. Certes les habitants l’ont domestiqué avec un téléphérique, mais ils lui vouent un vrai culte chaque lundi matin en faisant la queue dans l’un de ses nombreux guichets présents dans tout le pays.

De retour des îles Galápagos, nous prenons la direction de Banos pour nous ressourcer dans les célèbres bains de soufre de la ville. Très vite, c’est l’humeur sulfureuse de notre très proche voisin, le géant Tungurahua, quelque 3000 m au-dessus de notre tête, qui nous interpelle. La première nuit, il nous accueille avec de petites effusions spectaculaires de laves rougeoyantes. Le second jour, il s’éveille et agite une belle cheminée discontinue de cendres. Nous nous habituons progressivement à sa présence. Le troisième jour, en recherche de créativité, il tonne régulièrement, faisant trembler les vitres de l’hôtel, et nous ouvre véritablement son cœur dégageant une gigantesque colonne de cendres de sept km au-dessus de son cratère. Nous commençons à cerner le personnage, il est temps de partir. Le lendemain, la ville de Banos sera plongée sous quelques centimètres de cendres et les habitants obligés de porter des masques. Peut-être lui manquait-on ?

Selon des sources locales, certains géants apprécieraient prendre de bons bains. Nous décidons de nous rendre dans le petit village de Chugchilan (3200m) pour se préparer à celui de Quilotoa… Deux jours de trek avec sur le chemin une incroyable fromagerie d’altitude où nous prenons des forces. Sept heures de grimpette et c’est enfin la rencontre avec Quilotoa qui se cache dans une vaste lagune à 3800m. Ce vieux volcan prend des bains d’eaux tour à tour vertes rubis, bleues roi ou encore turquoises. Au début, il n’était pour nous qu’un prétexte pour se préparer à aller voir le plus grand des géants de l’Equateur. Quilotoa est en fait un géant qui invite au silence et à la contemplation. L’endroit est vraiment sublime, une belle surprise. 

Une nuit et une journée tous les deux ensemble au pied du roi, le Chimborazo 6310m. Nous le regardons fascinés par sa taille, par sa parure de glace, par ses hôtes lamas qu’il laisse profiter de ses flancs fertiles. Joël et Eloy, guides de Riobamba, connaissent bien le personnage et nous accompagnent jusqu’au premier refuge à 4800m. Julien encouragé et assuré par Eloy décide d’aller explorer le cuir chevelu du géant. 
Une nuit au deuxième refuge à 5000m qui ne permet pas de fermer l’œil. A 23h30, crampons aux pieds, piolet à la main et encordés, Julien et Eloy partent pendant que le Chimborazo sommeille. Le géant est robuste, ses traits saillants avec des inclinaisons entre 50 et 70 degrés, son air trop peu oxygéné… 05h00, après des efforts harassants et un dépassement de soi, Julien découvre que le géant n’a pas un poil sur le caillou ! D’ailleurs il est trop tôt, on ne voit pas grand-chose. Il faut pourtant repartir sans en être complètement sûr. Ils redescendent tranquillement apercevant au loin le cousin Cotopaxi, qui lui reçoit plus de visites, le couple des Ilinizas et ce diable de Tungurahua qui fait le malin avec ses nuages noirs de cendres. Le Chimborazo force le respect, c’est un géant qui inspire !

Dans ce pays des géants, on prend des habitudes de géants. Quand on redescend des épaules, des flancs ou même seulement des genoux de ces géants on apprécie une bonne pizza gigantesque. Latacunga, Riobamba, nous avons deux bonnes adresses à disposition…Quand on côtoie ces géants, on voit tout en grand ! On ne prend plus de chambres, on prend des dortoirs privatifs de 10 à 15 lits, comme ça on a de l’espace. Eh oui le pays des géants n’est pas encore plébiscité par les hommes. On privilégie l'auberge au nom de Casa de los Condores plutôt que l’auberge du Colibri. On fait des achats de souvenirs en format géant. Non pas un, non pas deux...mais quatre panamas ramenés de Cuenca la capitale du célèbre chapeau. On ne s’intéresse plus au petit carnet en papier typique, avec notre force de géants on charge de la poterie dans nos sacs à dos! Avant de passer au Pérou, on décide de faire une pause de six jours à Vilcabamba pour l’auberge, le climat, les ballades sympas et surtout pour le petit déj qui est géant ! Difficile de quitter ce pays…

Dans ce pays, il y a des gens qui tatouent patiemment chaque jour, au prix d’efforts surhumains, le corps de ces géants. Tous les verts sont représentés dans ces tatouages quadrillés et ce quelle que soit l’inclinaison de la partie du corps, rien ne leur échappe. Ils tirent de cette peau fertile de superbes aliments qu’ils vendent chaque jeudi au marché de Guamote. Guamote, c’est un carrefour indigène magnifique où les visiteurs que nous sommes apprécient ce spectacle de milliers d’habitants descendant en camions collectifs de leur village, venant s’approvisionner en aliments, en fournitures primaires de tout type, en bêtes mais aussi en chansons (surtout le dernier album de Coralie)… A Guamote, les indigènes n’ont pas troqué leurs traditions pour des stands de souvenirs à touristes, peut-être parce qu’il n’y en a presque pas. 
Dans ce pays des géants, où ira ce petit veau tout juste acheté au marché et qui fera le trajet de trois heures dans le couloir du bus, à léchouiller le coude de Julien….part-il sur les flancs de l’un de ces géants ?

jeudi 28 avril 2011

Un tout petit monde


C’est un monde éloigné du continent, quelque part sous l’équateur là où l’Océan se fait nommé Pacifique. Une vingtaine d’îles le délimite, peut-être plus si l’on compte les nombreux cratères de volcans qui surgissent de l’eau. Ce monde offre des paysages extraordinaires. Là, des coulées de laves millénaires ont recouvert le sol de cette roche noire légère et alvéolée. Plus loin, la mangrove pleine de vie, labyrinthe de bois clair et feuillages verdoyants, sert de frontière entre les eaux turquoises et la terre ferme. C’est un monde où la diversité s’exprime jusque dans les moindres détails comme ces grains de sable souvent blancs ou noirs, quelquefois jaunes ou rouges, qui colorent des plages uniques. Souvent dans l’après-midi, au loin, les sommets des volcans se couvrent de nuages mystérieux.

C’est un monde marin habité par d’étranges animaux. Depuis les passerelles en bois du petit port de Vallamil sur Isabela, on aperçoit des lions de mer joueurs qui viennent barboter, d’autres plus téméraires qui, d’un saut, prennent possession de bateaux, une tortue de mer plutôt curieuse ou encore des couples de petits pingouins nageant à vive allure. Un tuba et un masque permettent de s’inviter chez les requins de récifs bien portants et mesurant facilement 1m50 et de nager avec des duos de tortues. Un équipement de plongée : pour découvrir des étoiles de mer aux couleurs inédites, pour danser avec des lions de mer amusés, pour s’émerveiller sous les raies mantas de 6m. Des sandales en sortant de l’eau, pour éviter de marcher sur l’un des milliers d’iguanes marins aux ressemblances plus que frappantes avec leurs cousins dinosaures.

C’est un monde terrestre habité par des créatures venues de temps préhistoriques. Lonesome Georges, un des doyens de l’île, accumule les 150 années sous sa carapace. Certes le lièvre va plus vite mais pas aussi loin ! Les nouvelles générations protégées grandissent sans danger sous leurs lourdes carapaces. Les iguanes terrestres bariolés de couleurs acidulées apprécient le chaud soleil de ces îles. Dans la mangrove, l’armée de crabes quand elle ne dort pas, affûte ses pinces au passage de petits poissons. C’est aussi une terre d’accueil pour des centaines d’oiseaux aux formes et couleurs surprenantes. Ici, une frégate magnifique au torse rougeoyant, plus loin l’un des fameux pinsons au bec comme-ci ou comme ça, et là des fous à pattes bleues sortis tout droit d’un dessin animé.

Un monde unique qui attire un groupe d’explorateurs venus des contrées éloignées du 14eme district près du parc Montsouris ou du pays des grands sombreros. Les retrouvailles après sept mois. A la différence de l’illustre Darwin, ils ne s’assiéront pas sur le dos des tortues géantes. L’un d’eux protégé par son panama affronte les vagues pour découvrir le monde aquatique. Un autre, muni de souliers dernière génération, arpente les moindres recoins de cette terre. Tous les quatre s’émerveillent des trésors de ce monde et rencontrent des habitants souriants, intéressants et tranquilles. Un monde où les habitants joueurs, se retrouvent sur le city stade chaque soir dès 17h. Julien tel un lyonnais retrouve peu à peu un niveau footballistique intéressant. 

Ce monde, c’est un monde où le visiteur ne se sent pas vraiment chez lui, malgré l’hospitalité des deux mille habitants. Ce n’est pas le monde des hommes ici, mais celui de la nature et des animaux. Le village est une tâche minuscule sur une île immense, vu du haut de l’avion 5 places qui nous ramène à l’aéroport principal. Un archipel isolé où le temps s’est arrêté, que l’homme tente de ne pas endommager, mais de protéger. 

C’est un tout petit monde, fragile au creux de nos mains…