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mercredi 2 février 2011

1001 sourires


Au total nous aurons passé deux semaines au Cambodge avec trois étapes bien différentes: Angkor et ses temples merveilleux, Battambang aux côtés de 1001 fontaines et Phnom Penh pour l’histoire tragique du pays. On peut lire parfois qu’on vient au Cambodge pour Angkor et qu’on y revient pour les cambodgiens. A vous de juger!

Un calcul simple, nous recevons et échangeons au moins 100 sourires par jour donc au moins 1400 sourires pendant ce séjour. Les gens ont ici le regard bienveillant, l’œil qui pétille et nul doute que leurs premières rides apparaissent au creux des joues ou aux contours des yeux tant ils sourient facilement. A peine 12h que nous sommes arrivés à Siem Reap et nous ressentons cette gentillesse. Elle nous contamine immédiatement… 

Ajoutons 54  sourires sur le site d’Angkor et ses chefs-d’œuvre qui s’étendent sur 400km2. Le premier sourire vers 10h quand nous louons des vélos pour aller visiter le petit circuit de temples d’environ 20km. A partir de là, les « waouh » suivis d’un sourire s’enchainent au fil des temples tous bien différents. Ajoutons les sourires du second jour, au lever du soleil sur Angkor Wat à 06h et celui de la fin de journée quand nous descendons difficilement de nos vélos après avoir arpenté, sous une chaleur caniculaire, le grand tour de 45km. Enfin, nos 2 sourires quand nous voyons arriver les deux coupes de glaces énormes que nous dégustons à Siem Reap dans une pâtisserie/glacerie créée par un français (multiplions les par deux car nous succombons également le lendemain)…

Ajoutons 200 sourires sur le trajet Siem Reap/Battambang que nous faisons en bateau sur la petite rivière de Sangker. Une journée inoubliable ! Au fil de l’eau, dans une rivière pas encore complétement asséchée (malgré la saison avancée), nous sommes témoins de la vie quotidienne des habitants des villages flottants et des rives. Les pêcheurs au filet, les vendeurs en barque, les enfants jouant dans l’eau, d’autres plus chanceux en salle de classe (flottante) parrainée par l’Unicef… Chacun prend le temps de lancer un geste de la main, accompagné d’un franc sourire, à cette petite embarcation principalement remplie de touristes en sac à dos. Le temps de trajet prévu de six heures, ne nous semble pas suffisant et nous accueillons avec « plaisir » l’avarie du bateau et la réparation nécessaire du moteur. Temps de trajet final douze heures. N’oublions pas le sourire de notre capitaine en nous débarquant avec six heures de retard.

Ajoutons 45 sourires pour les 3 jours passés avec l’ONG 1001 fontaines. Le Cambodge est extrêmement pauvre, les maisons sont trop souvent en paille ou en planches et les ONG présentes par centaines tentent de rendre le quotidien plus acceptable. 1001 fontaines, c’est un modèle de social business qui vise à apporter de l’eau purifiée au plus grand nombre de cambodgiens, à un coût abordable 1ct/litre, tout en créant des emplois durables www.1001fontaines.com. Grâce à Danone qui aide le projet nous rencontrons Chay Lo le cofondateur. Romain, un de mes anciens commerciaux, a apporté son savoir-faire sur place durant 6 mois, l’équipe sourit à l’évocation de la « pop star ». Une fois la première station visitée, nous proposons notre aide pour quelques jours. Nous voilà partis pourvisiter 5 autres stations dans de tous petits villages éloignés. Pendant 2 jours nous essayons d’aider à structurer la formation et les compétences de ventes des opérateurs. A chaque visite des stations, le même sourire de bienvenue des 2 opérateurs/entrepreneurs, l’heure d’échanges et la photo de nous en train de boire l’eau purifiée. Avant-dernière visite, nous embarquons sur la charrette de livraison pour une commande client et tenter d’« aider » l’opérateur… en souriant ! Quelle banane de toute la famille quand ils nous voient débarquer chez eux. Enfin, cinq autres sourires lors d’un diner très intéressant avec l’équipe 1001fontaines qui par chance se trouvait au Cambodge au même moment.

Puis Phnom Penh, une ville qui conserve de belles avenues coloniales et dans laquelle il fait bon se promener (mais à l’ombre). Aux premiers abords ce sont donc des sourires. Notamment ceux échangés avec les tuk-tuk toujours très à l’affût mais qui n’insistent pas et dont le visage s’illumine quand justement un sourire et un petit mot accompagnent le « no, sorry ». Pourtant, de Phnom Penh on pourrait soustraire des milliers de sourires remplacés par des larmes ou des regards perdus dans le vide. Nous sommes comme tout le monde assommés, traumatisés par la visite de S-21. Les centaines de visages de prisonniers entrés dans cet enfer et qui n’en sont jamais ressortis. Des dizaines de visages aussi de leurs bourreaux qui étaient pour la plupart mineurs. Comment une telle barbarie est-elle possible ? Comment reconstruire un pays, une unité, après cela?

Du total de sourires nous soustrairons : le réveil à 05h du matin pour partir à la frontale en vélo voir le lever de soleil sur Angkor, la déception en apprenant que l’école d’hôtellerie/ONG de Siem Reap est fermée le week-end (nous nous rattrapons à Phnom Penh, humm), la dégustation de la crêpe supposée au chocolat chez Patrice (un peu radin sur le chocolat), l’au revoir à l’équipe cambodgienne de 1001 fontaines. En revanche, on rajoute les 12 sourires des jeunes du cirque Phare Ponleu Selpak lors de leur performance (ONG qui transforme des orphelins de la rue en de véritables virtuoses), ainsi que la vingtaine de sourires de l’équipe des loulous/loulettes lors du skype du samedi soir/dimanche matin, cela nous donne bien 1001 sourires si vous avez suivi…

Nous quittons le Cambodge sur les images incroyables d’une population très jeune (1/3 a moins de 14ans) qui sourit tout le temps. Un peuple qui sourit toujours. Comment une population ayant vécue autant difficultés arrive-t-elle à continuer à avoir le sourire en permanence, à être bienveillante et à accueillir avec tendresse l’étranger ? Cela laisse à méditer. Nul doute, la première fois on vient souvent pour découvrir Angkor, sûr que la seconde fois on revient pour les Cambodgiens !